orfèvrerie-argenterie
mobilier XVIII ème
miniatures
couteaux
Orfèvrerie - Argenterie

Etude :
PESCHETEAU-BADIN, GODEAU & LEROY

Expert :
Cabinet SERRET et PORTIER
Adjugé : 1 300 000 FF

Exceptionnelle PAIRE DE CANDÉLABRES à trois lumières en argent ciselé.
Les fûts fondus et ciselés présentent les bustes de trois femmes soulignées de draperies et feuillages La large base à doucine ceinturée de lauriers et feuillages.
Ils soutiennent un bouquet également orné de feuillages présentant en leur centre une lampe ciselée d´après l´antique Les binets et les bobèches montés à vis.

Maître orfèvre :
Robert-Joseph AUGUSTE
Pour les fûts : PARIS, 1770 (lettre G)
Pour les bouquets : PARIS, 1767 (lettre D)
Hauteur des fûts : 35,5 cm
Pour les bouquets : diamètre environ 28,5 cm
Hauteur totale : 44,8 cm
Poids total : 5,115 kg
Robert-Joseph AUGUSTE
Faute de biographe, Robert-Joseph AUGUSTE est comparé à François Thomas GERMAIN, il reste un artiste relativement méconnu alors qu'il a une carrière aussi riche. Les renseignements le concernant restent diffus.
Fils de bourgeois, il apprend le métier en apprenti-compagnon pendant dix ans. Son talent est remarqué et il effectue des commandes royales avant d'être reçu maître. Tout en assimilant le goût traditionnel Louis XV, il est un des promoteurs du goût classique à l'antique.
On peut suivre l'abondance de ses créations par la quantité d'argent qu'il apporte à la marque. Les années 1759, 1772 et 1778 semblent être les plus fastes, même s'il n'hésite pas Parfois à demander la collaboration d'autres orfèvres pour les livraisons les plus importantes. Il bénéficie de la meilleure clientèle de son époque telle que la Maison du Roi, Georges III, Gustave VII, Catherine II, Madame de Pompadour, Lazare-Duvaux… Le 26 août 1755, Madame Pompadour achète à Lazare-Duvaux " deux figurines en or sur des terrasses, composées à l'usage de salière et de poivrière, l'une représentant un Hollandois qui présente une huître, l'autre un Paysan qui tient un sac ".
En 1777, les figurines faisant partie de la collection Pierre Randon de Boisset (1708 - 1776) ont été vendues et décrites " de bon goût et de la plus parfaite exécution par Monsieur Auguste ".
De cette période, peu de choses sont connues de notre orfèvre. Peut être est ce dû à des soucis financiers, car il avait cautionné le joaillier Claude Dominique Rondé (mort en 1767). Il est alors désigné comme marchand joaillier. C'est ainsi que nous connaissons, chose fort rare pour un orfèvre, cinq tabatières en or de sa main. Une est conservé au Metropolitan Museum, une autre au Victoria and albert Museum. Peut-être une d'elles est celle décrite dans la collection de feu Mr de Jullienne en 1767 " une magnifique boîte en or de forme carrée à pilastres d'architecture sur les angles avec des panneaux et figures en bas relief, Parfaitement exécutée Par M. auguste " a Partir des années 1765, sa production devient régulière, riche et importante. Il réalise les commandes pour le sacre de Louis XVI. ainsi selon Maze-Censier, en 1775 il réalise même la couronne. Il bénéficie également de la confiance de la Cour pour des commandes plus intimes telles que les plaques commémoratives des cercueils des Princesses Royales.(Mademoiselle d'artois et Madame Sophie). a cette époque, son atelier comporte entre 80 et 120 ouvriers. En effet un travail de telle qualité impliquait de nombreuses spécialités. R.J auguste était également orfèvre sculpteur. Il semble qu'il y ait eu la collaboration d'Augustin Pajou, de JBC Dhuez et de EM Falconet (la commande de Madame de Pompadour a été vendue en 1786 comme étant un modèle de Falconet, Madame Le Corbellier semble surprise de cette attribution). Les candélabres que nous présentons aujourd'hui démontrent une maîtrise dans l'art de la composition et du modelé. Ils sont Par leur registre classique du meilleur goût de l'époque. Leur équilibre est obtenu Par les trois bras de lumière répondant aux trois termes. Le rythme est donné Par les séries de cannelures terminées Par des cassolettes. Ce modèle figure dans des commandes prestigieuses et royales et a été repris Par des orfèvres européens. Ils sont à rapprocher de : 1. les deux candélabres de la collection Claude Cartier aujourd'hui conservés au Louvre et exécutés pour Georges III et datés 1779. Il ont la même base et le même fût. 2. les deux candélabres conservés à l'Hermitage à la Partie inférieure semblable. 3. les deux bouquets dans la collection Wentworth, datés 1767-68, au Metropolitan Museum. 4. les girandoles de la collection Harcourt exécutées en 1767. 5. les bouquets effectués Par Benjamin LAver à Londres en 1781, modèles identiques, récemment apParus sur le marché. 6. l'importante série de dix candélabres de la collection Thyssen-Bornemisza pour compléter la série de Georges III, ce dernier étant électeur de Hanovre, Par Frantz Peter Bunsen, datés 1794. 7. la Paire de bougeoirs présentée en 1776 dans la collection Blondel de Cagny " Une Paire de bras à trois branches, d'auguste, le corps de chaque bras représente une terme de femme. "
La renommée artistique est récompensée par sa réussite financière en 1765. auguste a bien sûr bénéficié de la faillite de son concurrent François Germain. Mais cela, aussi, est à mettre à son crédit. Il a su Par son habileté survivre aux paiements souvent difficiles. Cette habileté est attestée Par une lettre du 16 octobre 1780 de Catherine II à Grimm " …j'ai vu ce matin des dessins de Monsieur auguste…j'ai ordonné de les renvoyer. Outre cela, M. auguste est d'une cherté épouvantable ; je crois qu'il prendra pour la façon autant qu'il y aura de poids ; je lui tire ma révérence ". Son sens des affaires l'a amené avec son fils à prendre la Ferme des affinages de Paris, Lyon et Trévoux. Ce n'est qu'en raison de la protestation de la corporation des orfèvres qu'il ne réussit pas à obtenir la Ferme de la marque. a travers ces candélabres, nous réalisons la personnalité de leur auteur, avisée, retenue, exigeant la qualité de l'exécution et du modèle. Homme d'affaire certes, mais maîtrisant Parfaitement la complexité de la production. Charles Nicolas Cochin en 1765 écrit au Marquis de Marigny : " il me Paraît maintenant de distinguer dans cet art (l'orfèvrerie) que Monsieur auguste, tous les autres étant plutôt des marchands, qui présentent sous leur nom des ouvrages de bons ouvriers que des gens capables d'exécuter eux même " .
Bibliographie
MAZE-SENCIER a., Le livre des collectionneurs, Paris, 1885
NOCQ Henri, le Poinçon de Paris…, Paris 1926-31
DENNIS Faith, Three centuries of French domestic silver, New York 1960
PARIS, Louvre : Cinq années d'enrichissement du Patrimoine national, 1980
MULLER Hannelore, The Thyssen-Bornemisza collection, European Silver ; Londres 1986
LE CORBELLIER Clare, Robert-Joseph auguste silversmith - and sculptor ?,
Metropolitan Museum Journal, 1996
orfèvrerie-argenterie